Les premiers jours de l’inhumanité

Plage de prix : 13,99 € à 19,00 €

Un retour aux analyses de l'écrivain Karl Kraus pour mieux comprendre les ressorts de la propagande guerrière et des régimes autoritaires

Les moyens de com­mu­ni­ca­tion les plus puis­sants et les plus mod­ernes offrent au men­songe, désor­mais « mécan­isé », des pos­si­bil­ités sus­cep­ti­bles de le ren­dre à peu près irré­sistible. Les mots sont plus que jamais capa­bles de se trans­former en armes meur­trières, au pou­voir de destruc­tion qua­si­ment illim­ité. Pen­dant les années de la guerre, les plumes ont été trem­pées dans le sang, et les épées dans l’en­cre.

Des Derniers Jours de l’hu­man­ité (1922) à Troisième nuit de Walpur­gis (1933), l’écrivain et satiriste autrichien Karl Kraus n’a cessé de démon­ter les tech­niques visant à s’emparer des esprits pour écras­er et détru­ire l’hu­man­ité. Le philosophe Jacques Bou­ver­esse revient ici à ses analy­ses pour les con­fron­ter au monde actuel. Une pro­pa­gande fondée sur l’émotion et la destruc­tion de l’intellect, par laque­lle on aug­mente la tolérance du peu­ple au men­songe et à la bru­tal­ité, accuse ses adver­saires des atroc­ités qu’on com­met, et fait croire ses électeurs à une revanche sociale qui n’est en réal­ité rien d’autre qu’une destruc­tion de la démoc­ra­tie : voilà qui n’est pas sans réso­nances avec le com­porte­ment de cer­tains dirigeants con­tem­po­rains.

Suivi d’un entre­tien avec Jacques Bou­ver­esse, mené par Marie Her­mann et Syl­vain Lau­rens.

Date de parution : 07/03/2019
ISBN : 978-2-490579-12-9
Dimensions : 12 x 20 cm
Thèmes : Guerre, Karl Kraus, Médias, Propagande
Nombre de pages : 252 p.

Né en 1940, mort en 2021, Jacques Bou­ver­esse est un philosophe ratio­nal­iste dont les prin­ci­pales influ­ences sont Lud­wig Wittgen­stein, dont il est un des plus impor­tants com­men­ta­teurs en France, le cer­cle de Vienne et la philoso­phie ana­ly­tique. Élu au Col­lège de France en 1995, il en est devenu pro­fesseur hon­o­raire en 2010. Ses domaines d’étude sont la philoso­phie de la con­nais­sance, des sci­ences, des math­é­ma­tiques, de la logique et du lan­gage ; il s’intéresse égale­ment à des auteurs comme Robert Musil et Karl Kraus.

Héri­ti­er du ratio­nal­isme des Lumières, Jacques Bou­ver­esse a dénon­cé ce qu’il con­sid­érait comme des impos­tures sci­en­tifiques et intel­lectuelles, comme les « nou­veaux philosophes », et s’est dis­tan­cié du struc­tural­isme et du post-mod­ernisme, de Michel Fou­cault, Jacques Der­ri­da ou Gilles Deleuze. Si la ques­tion de la recherche de la vérité est cen­trale dans son tra­vail, il a égale­ment un grand souci de la mod­estie selon lui néces­saire aux intel­lectuels, de l’accessibilité de sa pen­sée et de la sim­plic­ité de son expres­sion.

Il a notam­ment pub­lié Ratio­nal­ité et cynisme, Minu­it, 1984 ; L’Homme prob­a­ble. Robert Musil, le hasard, la moyenne et l’escargot de l’histoire, L’Éclat, 1993 ; Prodi­ges et ver­tiges de l’analogie. De l’abus des belles-let­tres dans la pen­sée, Raisons d’agir, 1999 ; Schmock ou le Tri­om­phe du jour­nal­isme. La grande bataille de Karl Kraus, Seuil, 2001 ; Que peut-on faire de la reli­gion ?, Agone, 2011 ; Niet­zsche con­tre Fou­cault : sur la vérité, la con­nais­sance et le pou­voir, Agone, 2016 et, chez Hors d’at­teinte, Les Pre­miers jours de l’in­hu­man­ité (2019) et Les Foudres de Niet­zsche et l’aveu­gle­ment des dis­ci­ples (2021).

Agrégée d’alle­mand, anci­enne élève de l’ENS-Ulm, doc­teur en études ger­maniques et en lit­téra­ture française, Flo­rence Vatan est pro­fesseure à l’Université du Wis­con­sin à Madi­son. Autrice d’une thèse et de deux livres sur Musil, elle s’intéresse aus­si aux liens entre lit­téra­ture, sci­ence et philoso­phie dans l’oeu­vre de Flaubert et de Baude­laire.

Pho­to © Patrick Imbert

Jacques Bouveresse

En savoir plus

La description que donne Kraus du rapport très spécial que l’innocent persécuteur entretient avec le mensonge correspond si exactement au chef de la démocratie la plus puissante du monde qu’elle pourrait presque sembler faite par anticipation pour lui. Lui aussi a compris mieux que personne que la meilleure façon de mentir est d’accuser les autres d’être ceux qui le font, et de le faire en particulier quand ils disent la vérité à son sujet. C’est donc le menteur – que le fait de ne tenir, pour sa part, aucun compte de la vérité ne gêne pas le moins du monde, mais qui sait qu’il peut être important pour ses adversaires de ne pas risquer d’en être soupçonné – qui accuse les autres d’inventer et de diffuser des fake news.

« On n’arrive pas à croire à quel point on doit tromper un peuple pour le gouverner », écrivait Adolf Hitler dans une des premières versions – amendée par la suite – de Mein Kampf. Alors qu’aujourd’hui le contexte international offre régulièrement la tentation d’établir des parallèles avec les années 1930, le philosophe Jacques Bouveresse revient aux écrits du fervent opposant autrichien au nazisme Karl Kraus pour le confronter à la période actuelle. Une propagande fondée sur l’émotion et la destruction de l’intellect, consistant à augmenter la tolérance du peuple au mensonge et à la brutalité, à accuser ses adversaires des atrocités qu’on commet soi-même et à faire croire ses électeurs à une revanche sociale qui n’est en réalité rien d’autre qu’une destruction de la démocratie : voilà qui n’est pas sans résonances avec le comportement de certains dirigeants actuels, que ce livre éclaire différemment.

Jacques Bouveresse revient ainsi que des concepts comme l’innocence persécutrice, l’indifférence complète à la vérité, l’anti-intellectualisme et la revendication d’un droit de légitime défense contre la logique, que Kraus attribuait aux nazis et qui lui semblent transposables notamment à Donald Trump.

Il revient également sur l’idée qu’une « bonne guerre » arrange tout, que c’est une épreuve nécessaire qui purifie, régénère un peuple, en ayant sur lui des effets roboratifs et thérapeutiques, en rappelant qu’elle sert surtout à rendre « le vainqueur bête et le vaincu méchant », ainsi qu’à habituer le peuple à la brutalité de la vie politique, ainsi qu’à le rendre moins sensible à la mort, notamment de ses intimes.

La guerre participe d’un autre phénomène : la propagande. « C’est tout simple. On n’a besoin de rien faire d’autre que de dire au peuple qu’il est attaqué et reprocher aux pacifistes leur manque de patriotisme et affirmer qu’ils mettent le pays en danger. Cette méthode fonctionne dans n’importe quel pays », déclarait Hermann Goering, dirigeant de premier plan du IIIe Reich. Mais la propagande, même appuyée sur les mensonges les plus éhontés, ne suffit pas à faire croire le peuple à ce à quoi on veut qu’il croie. Il s’agit aussi d’investir l’espace du sentiment, de l’âme, sacrifier l’intellect pour développer une idéologie qui se présentera comme le simple reflet de la volonté et de la pensée du peuple, qu’il sera impossible de démontrer ou de combattre intellectuellement. Il s’agit aussi de dire des mensonges que le peuple aura envie de croire : parce qu’ils donnent une explication simple à des choses complexes, ou parce qu’ils lui donnent le sentiment de pouvoir prendre des revanches. Et surtout à le faire agir, qu’il croie ou non.

On peut finalement dire que cette propagande vient rencontrer une aspiration personnelle à une forme de transcendance, le sentiment de prendre part à une religion civique, à des rituels collectifs, et plus largement à une grande entreprise de rénovation radicale ; et de permettre à un envoyé de Dieu d’être prophète.

Enfin, nous dit Bouveresse, pour que tout cela fonctionne, il a d’abord fallu attaquer le concept de vérité. Et c’est bien ce qui s’est passé selon lui chez la grande majorité des représentants du monde intellectuel actuel, qui, notamment au nom de l’imagination, de la créativité, de la poésie, de la « pensée », l’ont accusée d’être liée au pouvoir et au conservatisme, et lui ont préféré la croyance, entrant ainsi déjà eux-mêmes dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’ère de la « post-vérité ». Or, montre le philosophe, là où on n’accorde plus de valeur à la vérité, on n’en accorde plus non plus à la signification : et les mots ne veulent plus rien dire.

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Événements passés

Rencontre avec Jacques Bouveresse autour des Premiers jours de l’inhumanité

Les premiers jours de l'inhumanité | Livres | Région | Région Auvergne-Rhône-Alpes
Date : 18 mai 2021
Heure : 0h00 - 0h00

Jacques Bou­ver­esse présen­tera son livre “Les pre­miers jours de l’in­hu­man­ité”

le 18 mai 2021, à 19h

à l’hô­tel de ville de Saint-Éti­enne, salle Aris­tide Briand

Place de l’Hô­tel de ville

42007 Saint-Éti­enne

Les premiers jours de l’inhumanité : Karl Kraus et la guerre

Les premiers jours de l'inhumanité | Livres
Date : 26 novembre 2019
Heure : 0h00 - 0h00

Avec Les Derniers jours de l’humanité (1919) et Troisième Nuit de Walpur­gis (1933/1952), Karl Kraus a fourni les analy­ses les plus per­spi­caces des procédés de destruc­tion des valeurs cen­trales de l’humanité : la rai­son, le droit et la vérité. Jacques Bou­ver­esse mon­tre dans Les pre­miers jours de l’inhumanité : Karl Kraus et la guerre (Éd. Hors d’atteinte 2019) l’extraordinaire force d’anticipation de Kraus et place son com­bat dans l’actualité de la puis­sance des nou­veaux moyens de com­mu­ni­ca­tion.
Avec Isabelle Delpla, Ger­ald Stieg et Jacques Bou­ver­esse
Mai­son Hein­rich Heine
Cité inter­na­tionale uni­ver­si­taire de Paris
27C, boule­vard Jour­dan
75014 Paris

Rencontre avec Jacques Bouveresse

Les premiers jours de l'inhumanité | Livres | Région | Région Île de France
Date : 5 juin 2019
Heure : 0h00 - 0h00
Lieu: Librairie Équipages - 61 rue de Bagnolet 75020 Paris

Jacques Bou­ver­esse évo­quera ses deux derniers livres « Le Par­ler de la musique II » (édi­tions L’improviste) et « Les pre­miers jours de l’inhumanité ». La ren­con­tre sera ani­mée par Anne-Elis­a­beth Halpern et Jean-Jacques Rosat.

Rencontre avec Jacques Bouveresse autour des “Premiers jours de l’inhumanité”

Les premiers jours de l'inhumanité | Livres | Région | Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Date : 24 avril 2019
Heure : 0h00 - 0h00

Jacques Bou­ver­esse présen­tera son nou­veau livre, « Pre­miers jours de l’in­hu­man­ité », à la bib­lio­thèque

L’Al­cazar BMVR
58, Cours Bel­sunce

13001 Mar­seille
Le 24 avril 2019 à 17 heures
Ren­con­tre organ­isée en parte­nar­i­at avec l’U­ni­ver­sité pop­u­laire de Mar­seille et le Goethe-Insti­tut.

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